Aides-soignants : des professionnels à la recherche de reconnaissance

Laure Martin • mis à jour le
DOSSIER : Infirmier ou aide-soignant dans la fonction publique

450.000 aides-soignants exercent dans les centres hospitaliers, les établissements pour personnes âgées ou chez les patients. Et ce, sous la responsabilité des infirmières. Une tutelle parfois problématique. Reste que,"c'est une profession où il n'y a pas de chômage", nous dit Carole, aide-soignante depuis 26 ans.

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Il existe 3 voies d'accès pour devenir aide-soignant. Un métier qui a du sens, une vraie utilité, puisqu'il consiste à "aider les gens" malades, handicapés, âgés..., comme le dit Carole, aide-soignante depuis 26 ans (lire son témoignage sur cette page). Elle nous rappelle aussi que cette profession ne connaît pas le chômage. Toutefois, il existe un malaise chez les aides-soignants, qui pourrait décourager des vocations fragiles... Nombre de ces professionnels du soin considèrent que leurs compétences ne sont pas reconnues à leur juste valeur, par les infirmières qui les supervisent notamment. Une bonne nouvelle cependant : une réingénierie de leurs diplômes est à l'étude.

Les 3 voies pour devenir aide-soignant 

1 - Le cursus classique : l'institut de formation d'aides-soignants (Ifas)

Les instituts de formation d'aides-soignants (Ifas) recrutent leurs élèves sur concours. Il suffit d'avoir 17 ans minimum pour se présenter à ce concours d'entrée en Ifas. Sur le papier, c'est la seule condition exigée. Pas besoin d’avoir le baccalauréat, donc ! Cependant, avec la réingénierie du diplôme, le bac pourrait être exigé à l’avenir. Pour le moment, le brevet ou un diplôme du secteur sanitaire et social de niveau V sont suffisants. Reste toutefois à financer les études. Comptez environ 1 200 euros. Il est toutefois possible de le financer en tout ou partie.

>> En savoir plus sur le financement des études en Ifas, lire aussi : Aides-soignants : métiers, concours et formation

La formation des Ifas comprend 1 435 heures d’enseignement théorique et clinique, au sein de l’institut et en stage. Elle peut se faire de façon continue ou discontinue sur une période ne pouvant excéder 2 ans. Pour obtenir le diplôme d’Etat d’aide-soignant (DEAS), 8 compétences doivent être validées.

2 - Le bac pro filière "Accompagnement, soins et services et à la personne" (ASSP)

"Sur les trois ans d’études, de la seconde à la terminale, il y a 22 semaines de stage pratique dans le milieu médico-social", indique Arlette Schuhler, présidente de la Fédération nationale des associations d’aides-soignants (Fnaas).

Les titulaires de ce bac pro sont exemptés du concours d’entrée à l’Ifas.

Les titulaires de ce bac pro sont exemptés du concours d’entrée à l’Ifas. Généralement, 10 % des places en Ifas sont réservées aux bacheliers, qui doivent ensuite valider 4 compétences pour obtenir leur diplôme, puisque les 4 autres ont été validées pendant le lycée.

3 - L’apprentissage, une voie moins courante

"Certains Ifas réservent un quota de places pour accueillir des candidats au DEAS par le biais de l’apprentissage", précise Arlette Schuhler. La durée d’apprentissage peut aller de 18 à 24 mois selon les centres de formation d’apprentis (CFA) pour obtenir le diplôme, mais charge au candidat de trouver son employeur.

>> Lire aussi : L'essor de l'apprentissage dans la fonction publique

Malaise chez les aides-soignants

Lors de la dernière réunion de concertation, le 27 mars 2017, « le groupe de travail a validé le référentiel de compétences, ajoute-t-elle. Nous avons discuté des compétences et des actes à attribuer aux aides-soignants, car au quotidien, nous réalisons des actes hors de notre champ de compétences... en toute illégalité. Au moindre problème avec un patient, l’aide-soignant est en tort et risque une peine pénale."

Dans l'illégalité, malgré eux...

L’un des principaux actes effectués par les aides-soignants, sans qu’ils en aient la compétence est la glycémie capillaire", surtout en Ehpad où il existe un manque d’infirmiers et au domicile du patient, où nous intervenons dans le cadre d’un service de soins infirmiers à domicile (Ssiad)", fait savoir Arlette Schuhler.

D’autres actes sont réalisés hors champ de compétences : c’est le cas pour les collyres, l’application de certaines pommades ou encore la pose des bandes de contention.

S'émanciper de la tutelle des infirmiers

Quant à l’aspiration endotrachéale à domicile, "les auxiliaires de vie sont habilitées à la pratiquer, mais ce n’est pas notre cas ! Il y a des aberrations et dans le cadre de ces travaux nous avons essayé d’argumenter afin d’élargir nos compétences", rapporte Arlette Schuhler.

"Nous avons obtenu quelques petites avancées, mais qui restent vagues, indique Arlette Schuhler. Par exemple, l’aide-soignant va pouvoir mesurer la glycémie capillaire par une technique à lecture instantanée. Actuellement, nous ne sommes pas en mesure d’en dire davantage, mais ces actes seront toujours réalisés sous le couvert de l’infirmière. C’est une grande déception et nous déplorons que ce soient principalement les syndicats d’infirmiers libéraux qui s’opposent à l’évolution du métier d’aide-soignant, alors que tous les métiers évoluent afin d’être en adéquation avec les besoins de la société."

Tant que nous n’aurons pas obtenu la reconnaissance de notre rôle propre, nous ne pourrons pas pratiquer certains actes seuls et en toute autonomie.

Le nouveau référentiel de compétences validé, il faut désormais revoir le référentiel de formation. "Pour le moment, aucune information n’a été diffusée sur ce travail", fait savoir la présidente de la Fnaas. "Nous sommes dans l’attente d’être recontactés, poursuit-elle. Aujourd’hui, les professionnels n’ont plus confiance." Et de conclure : "Tant que nous n’aurons pas obtenu la reconnaissance de notre rôle propre, nous ne pourrons pas pratiquer certains actes seuls et en toute autonomie, car nous serons toujours obligés d’en référer à notre supérieur, l’infirmière."

Témoignage

"Aide-soignant, un métier où il n’y a pas de chômage"

Carole Gauvrit, aide-soignante depuis 1991 au centre hospitalier de Libourne (Gironde)

"Je suis aide-soignante depuis 1991. C’est un métier que j’ai toujours voulu faire, car lorsque j’étais plus jeune, je voulais aider les gens. Et j'ai trouvé que le métier de ma maman, aide-soignante, me correspondait bien. J’ai commencé au centre hospitalier de Libourne comme ASH  [agent des services hospitalier, ndlr] 'faisant-fonction' d’aide-soignante.

Le problème des aides-soignants, c’est qu’ils exercent dans le cadre du rôle propre des infirmiers.

Puis, j’ai suivi la formation d’aide-soignante, financée par l’établissement. J’ai fait toute ma carrière là-bas. J’ai commencé auprès des personnes âgées en unité de soins de longue durée (USLD) puis très vite, je suis allée en médecine.

En 26 ans, j’ai observé l’évolution du métier et sa reconnaissance. J’ai vu notre situation s’améliorer notamment avec la création d’un diplôme. Lorsque j’ai débuté, les aides-soignants étaient vraiment les petites mains des infirmiers et il n’y avait pas de référentiel d’activité. Ils avaient un certificat d’aptitude aux fonctions d’aide-soignant. Ensuite, le diplôme professionnel d’aide-soignant (DPAS), dont je suis titulaire, a été créé, avant le diplôme d’Etat en 2007.

A l’origine, nous étions très peu considérés. Aujourd’hui, nous faisons partie des staffs, de la commission des soins. Nous sommes pris en considération.

Le problème des aides-soignants, c’est qu’ils exercent dans le cadre du rôle propre des infirmiers. De fait, lorsqu’on a été acceptés dans les staffs, ils ne voyaient pas l’intérêt de notre présence.

Nous nous sommes imposés, difficilement, mais aujourd’hui, c’est acté.

Les relations avec les infirmiers restent tendues concernant certains actes que nous voulons obtenir dans notre rôle propre car nous les effectuons quotidiennement, mais les infirmiers éprouvent des difficultés à nous laisser du terrain, par exemple pour la glycémie capillaire.

Il me reste environ 8 années à faire avant de pouvoir partir en retraite et j’envisage sérieusement de me mettre en disponibilité et de me renseigner sur l’intérim et le travail en Ssiad, afin de voir d’autres modes d’exercice du métier. Comme je compte prendre plus de responsabilités au sein de la Fnaas, cela me permettrait d’avoir un planning un peu plus malléable. L’avantage, c’est qu’il s’agit d’un métier où il n’y a pas de chômage, c’est rassurant."

>> Maryse, aide-soignante en gériatrie dans un hôpital parisien, le confirme : "C'est un métier où il y a besoin de monde encore" :   Découvrir son témoignage en vidéo

>> Consultez les offres d'emploi en lien avec le métier d'aide-soignant

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