Harry, plongeur-démineur, agit pour la sécurité de tous
En France, ils ne sont pas plus de 150 à exercer le métier de plongeur démineur. Harry, 39 ans, en fait partie. Il travaille au secteur neutralisation du groupe de plongeurs-démineurs (GPD) de la Manche, une unité de la Marine nationale.

© Serge Charmoillaux ; GPD
En quoi consiste le métier de plongeur-démineur ?
C'est un métier de passionnés qui recoupe plusieurs activités. La mission typique, c'est quand quelqu’un trouve des munitions sous l'eau : on les relocalise, on les identifie, on les déplace et on les détruit. Récemment, un pêcheur a remonté une mine d'une tonne de la Seconde Guerre mondiale. La priorité a été d'évacuer le bateau et de sécuriser les gens à bord, puis la munition a été reposée pour être traitée plus tard.
Il y a aussi toute une partie de travaux sous-marins : soudure, réparation de coque. Une mission type, c’est aussi un avion qui s’abîme en mer ou un bateau coulé : on relocalise, on recherche éventuellement des corps, puis on participe au renflouage. On peut aussi intervenir après des tempêtes pour désobstruer des ports.
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Intervenez-vous également sur terre ?
En effet, j'interviens la moitié du temps dans l'eau et l'autre sur terre. Notre secteur d'action va du Mont-Saint-Michel (Manche) à la frontière belge, en mer et sur l'estran et les plages. On peut intervenir pour neutraliser des engins explosifs à terre ou dans des situations à risques CBRN (chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires). Les opérations sous-marines sont plus longues. Chaque année, on extrait plusieurs dizaines de tonnes de munitions potentiellement dangereuses. Il arrive aussi d'intervenir à l'étranger.
Quel parcours vous a conduit à devenir plongeur démineur ?
Je fais de la plongée depuis l'âge de 12 ans, c'est une passion. C'est après mon bac pro électrotechnique que je me suis intéressé à cette filière. J'avais des plongeurs démineurs dans mon club qui m'ont un peu guidé, et une présidente de club qui m'a poussée à me renseigner, alors je me suis rendu dans un CIRFA. Ils m'ont proposé la préparation de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), qui prépare des jeunes à l'armée. Après Conflans, j'ai suivi en mai 2007 la formation de plongeur de bord, qui dure environ 5 semaines et permet de former quelqu'un n'ayant jamais plongé à un niveau militaire. À la rentrée suivante, en 2007, j'attaquais les cours de plongeur démineur à Saint-Mandrier (Var) pendant 10 mois pour obtenir mon brevet. La formation consiste à apprendre à plonger jusqu'à 80 mètres, à utiliser les différents appareils dans toutes les profondeurs. Une fois à l’aise, on apprend à travailler sous l'eau. La plongée doit devenir un automatisme.
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Comment est organisé votre service ?
Le GPD (groupe de plongeur-démineurs) est organisé en différents secteurs : recherche, neutralisation, mélange, opérations. Le secteur « mélange » prépare les gaz. Le secteur « recherche » entretient les sonars, magnétomètres et robots. Dans mon secteur, la « neutralisation », on gère le matériel, les entraînements et la mise en œuvre opérationnelle. On travaille ensuite ensemble en mission.
Concrètement, à quel rythme intervenez-vous ?
Chaque semaine, une équipe de 4 à 5 personnes est envoyée en mission de déminage. Pour ma part, je pars en moyenne en opération une semaine par mois. Sur une année, je peux mener entre 100 et 150 interventions. Le reste du temps est consacré à l'entraînement : on revoit les bases du déminage et de la plongée. Je plonge en moyenne trois fois par semaine selon les marées.
Comment arrivez-vous à gérer le risque inhérent à ce métier ?
On fait tout pour réduire le risque : limiter le temps d'exposition, encadrer la zone, réduire les mouvements. On met en place des périmètres de sécurité et on limite le nombre d’intervenants avec un soutien sanitaire. Mais le risque reste présent, notamment lorsqu’on dépose l’explosif. On est au contact d’environ 500 obus par an, parfois vieux de 80 ans et toujours actifs. Il ne faut jamais relâcher son attention. Comme on dit : il n’y a pas de bon plongeur démineur, seulement des plongeurs expérimentés.
Quelles qualités faut-il avoir pour devenir plongeur démineur ?
Il faut être sportif, savoir garder son calme, cela s'acquiert aussi avec l'expérience, et être rigoureux. C’est un métier très technique.
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Qu'est-ce qui vous fait vous lever chaque matin ?
Cela fait 19 ans et demi que je fais ce métier et j’y prends toujours autant de plaisir. On a la chance de mener une mission du début à la fin en autonomie. Il n’y a pas de routine : chaque intervention est différente. Quand on arrive sur une plage avec des munitions, tout le monde en a peur ; nous, on est là pour les retirer. C’est motivant d’être la solution et d’exercer un métier à part. Au final, le risque pris, même maîtrisé, permet aux gens de se promener en sécurité.
Y a-t-il des femmes plongeurs-démineurs dans la Marine ?
Oui bien sûr, elles ne sont certes pas très nombreuses, moins d'une dizaine, mais elles ont toute leur place dans cette spécialité.
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Quelles sont les perspectives d'évolution ?
Dans la Marine, on évolue en prenant des responsabilités. J’ai passé le brevet supérieur, puis je suis devenu chef de mission en 2015. L’évolution dépend aussi de l’investissement. Une carrière dans la Marine dure entre 20 et 25 ans, ensuite, on peut se reconvertir dans le civil. Avec notre expertise, on trouve sans difficulté des débouchés dans la plongée et le déminage...
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Un conseil à donner à des aspirants plongeurs-démineurs ?
Il y a une forte sélection pour arriver dans ce métier, alors oui, il faut y croire et ne pas baisser les bras. Certains réussissent au deuxième essai. Il faut être persévérant.
Plongeur démineur
- Fonction publique : Etat - Marine nationale
- Grade : matelot ou officier marinier
- Salaire : de 1 800€ à 3 000€
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