Filière artistique : 30 000 professeurs travaillent pour la Fonction publique territoriale

Séverine Cattiaux
DOSSIER : Les métiers de la culture

Plusieurs centaines de postes sont proposés chaque année aux assistants, professeurs, dumistes et directeurs de la filière artistique de la FPT. Autant de métiers passion où l’enseignement artistique rime avec service public. Excellant dans leur art, ces professionnels ont été formés pour enseigner à des publics de tous âges et niveaux.

Professeur musique

30 000 professeurs de musique, danse, théâtre, dessin travaillent pour les collectivités territoriales, que ce soit pour les communes, les intercommunalités, les syndicats mixtes… Contractuels, vacataires, titulaires, à temps complet ou partiel, ces professeurs dotés d’une solide formation artistique exercent dans les écoles de musique, d’arts plastiques et tous les conservatoires de l’hexagone. Trois types d’enseignants sont à distinguer dans la fonction publique territoriale : le professeur territorial d'enseignement artistique (PTEA), l’assistant territorial d'enseignement artistique (ATEA) et le dumiste, ainsi baptisé car détenteur du diplôme universitaire de musicien intervenant en milieu scolaire. 

 

 

Enseigner : le cœur du métier 

 

 « La chance des enseignants des écoles de musique et conservatoire, c’est d’avoir en face d’eux, des élèves qui viennent par choix et par plaisir, ça n’est pas comme à l’école !, relève  Michel Ventula, secrétaire général du SNEA (Syndicat national des enseignants et artistes). La dimension humaine et relationnelle est importante entre les élèves et les parents », tient-il à ajouter. La majorité des heures d’un enseignant d’une école de musique sont dédiées à l’apprentissage en face à face pédagogique et « de plus en plus par petits groupes », observe Jean-Marc Andrieu, directeur du conservatoire de Montauban, établissement fréquenté par 1200 élèves. L’enseignant peut également consacrer un certain nombre d’heures à l’éveil musical des plus jeunes, ainsi qu’à la direction d’orchestre et de chorale. Les conservatoires favorisent de plus en plus la pratique d’ensemble qui stimule l’apprentissage des enfants. Les enseignants ont parfois aussi en charge l’enseignement des élèves en classes dits à horaires aménagés. 

 

 

Professeurs et assistants : formations et accès

 

Les élèves du conservatoire ne verront à priori pas la différence entre les professeurs et assistants. Les uns comme les autres dispensent des cours aux élèves. Toutefois ces deux catégories de personnel n’ont pas exactement les mêmes missions, ni la même formation initiale. Les professeurs (PTEA) prodiguent des cours dans leur domaine de prédilection 16 heures par semaine. Les assistants ont pour mission d’accompagner les enseignants et enseignent eux-mêmes sur un temps hebdomadaire de vingt heures. Les assistants peuvent avoir des postes à temps ni non complets. C’est notamment le cas de 28 ATEA sur 50 du conservatoire de Montauban. 9 professeurs sur les 10 de ce conservatoire sont en revanche sur des postes à temps plein.

 

« Les PTEA sont des enseignants de catégorie A, plus diplômés, ils coordonnent souvent un département pédagogique. Les ATEA sont des agents de catégorie B », distingue Marie-Amélie Moreau, directrice adjointe du conservatoire de Montauban. L’ATEA possède un diplôme d’Etat (bac +2) préparé dans l’un des pôles supérieurs de musique. Le professeur est diplômé du certificat d’aptitude obtenu dans les conservatoires supérieurs de musique et de danse (CNSMD) de Lyon et Paris. Les jeunes ATEA commencent avec un peu plus de 1600 euros brut par mois, les homologues APEA avec un peu plus de 1800 euros bruts.

 

 

Goût pour les spectacles et le travail d’équipe 

 

La deuxième mission d’un conservatoire après l’enseignement spécialisé est la diffusion. En dehors des temps d’enseignement stricto sensu, les professeurs et assistants se consacrent à la préparation de projets de spectacle, « comme un enseignant dans un lycée consacre du temps à la préparation de ses cours », compare Marie-Amélie Moreau. Les enseignants participent à l’organisation de concerts et de spectacles. Le conservatoire de Montauban en prépare une centaine chaque année, avec une dimension très transversale. « On tient à ce que les enseignants montent des projets ensemble les musiciens avec les danseurs, voire les dessinateurs », souligne Jean-Marc Andrieu. 

 

Michel Ventula, secrétaire général du SNEA (Syndicat national des enseignants et artistes) insiste lui aussi sur l’esprit d’équipe : « Un enseignant peut être très heureux dans tout type de structure, petite ou grande, à partir du moment où il y a des contacts humains, des projets intéressants, où l’équipe pédagogique s’entend bien.  L’équilibre est fragile car soumis au bon vouloir des politiques locales qui orientent la stratégie de l’établissement : nouveaux critères d’inscription, réduction des crédits… ».

 

 

Entretenir sa fibre artistique 

 

Enfin, un enseignant continue bien souvent de pratiquer son art dans un groupe. « Pour pouvoir durer et être efficient, il faut se maintenir au fait de son art, et ne pas être trop pris dans une routine, recommande Jean-Claude Dodin, directeur du conservatoire de Blois. Reste à trouver un point d’équilibre entre son métier d’enseignant et celui d’artiste ». 

 

 

Le dumiste : le musicien intervenant scolaire

 

Pour assurer les interventions en milieu scolaire, les collectivités territoriales font appel à des spécialistes appelés les « dumistes ». Ces professionnels sont détenteurs du diplôme universitaire de musicien intervenant, délivré dans les centres de formation dédiés. En collaboration avec les équipes enseignantes, les dumistes élaborent des projets musicaux pédagogiques pour des classes du CP au CM2 et dans les collègues. Outre ses compétences musicales, ce musicien intervenant est aussi un bon pédagogue. De la même manière que l’assistant, ce professionnel de catégorie B doit passer le concours d’ATEA pour être titularisé. 

 

Lire aussi : le diplôme universitaire de musicien intervenant (Dumi), présenté par la cité de la musique

 

 

Décrocher le concours puis une titularisation

 

Une fois le concours réussi, l’enseignant est inscrit sur des listes d’aptitudes. Lui incombe le soin de postuler sur des postes. Au-delà de trois ans, il perd le bénéfice de son concours. 

Les postes de titulaires s’ouvrent au gré des créations de postes, de départs à la retraite, de démissions. « Les finances sont contraintes. Ce sont des établissements lourds à porter. Les recrutements de cadres A sont plus rares », commente la direction du conservatoire de Montauban. Un constat partagé dans la plupart des établissements… Les postes de titulaires sont ainsi fortement convoités. Pour le recrutement d’un professeur de chant lyrique, le conservatoire de Blois/Agglopolys a reçu une vingtaine de candidatures. Il en a retenu cinq pour l’épreuve d’entretien avec le jury. Certains conservatoires font même passer des épreuves écrites. 

 

 

De nombreux contractuels 

 

Lourds à organiser, les concours d’ATEA et de PTEA se sont faits attendre ces dernières années. Les collectivités ont dû aussi embaucher bon nombre de professionnels sous le statut de contractuels et parfois des vacataires. « Ils nous arrivent de recruter des contractuels quand nous ne trouvons pas le profil recherché sur les listes d’aptitudes et si aucun enseignant en poste ne demande une mutation… », relate Marie-Amélie Moreau. Les contractuels finissent par décrocher les concours au fil de leur déroulement de carrière. Ils doivent toutefois se montrer patients. « Une professeure de théâtre est contractuelle chez nous depuis 8 ans, elle va pouvoir passer un concours cette année en 2019 », cite en exemple Jean Claude Dodin. Les contractuels sont plus nombreux chez les assistants que les professeurs. 19 ATEA sont contractuels sur 50 assistants officiant au conservatoire de Montauban. Dans ce même établissement, un seul professeur sur les 10 est contractuel. 

 

Lire aussi : Emploi dans la fonction public : ce que signifie être contractuel

 

Evolutions possibles

 

Contrairement aux dumistes, les assistants ont la possibilité d’évoluer vers le grade de professeur via un concours interne sur épreuves ou par la VAE. Les enseignants peuvent quant à eux briguer la fonction de directeur de l’établissement. Après avoir longtemps enseigné la danse classique, Marie-Amélie Moreau a pris un poste de direction en 2016, « après les formations idoines et avoir passé le concours », précise-t-elle. Et de se féliciter que les danseurs et les comédiens puissent désormais avoir accès à ce grade.  Pour sa part, Jean-Marc Andrieu, enseignant de flûte à bec, occupe la direction sur un temps partiel, qu’il complète par une activité chef d’orchestre. Artiste et professeur de saxophone, Jean-Claude Dodin a été promu à la direction du conservatoire de Blois/ Agglopolys en 1991, tout en poursuivant son activité de chef d’orchestre.

 

 

La validation des acquis de l'expérience (VAE) est un mode d'accès aux diplômes, créé en 2002 par la loi de modernisation sociale, qui s'appuie sur la reconnaissance des compétences.

 

La VAE est bien connue des salariés du secteur privé. Beaucoup moins des agents publics. Comme le bilan de compétences, elle reste assez peu proposée par  les collectivités territoriales notamment, sauf pour certains métiers de la catégorie C, comme les auxiliaires de puériculture ou les aides-soignants. Pourtant, la VAE est un outil gagnant-gagnant.

 

Toute personne ayant au moins 1 an d'expérience, rémunérée ou bénévole, dans le domaine concerné peut, avec une VAE, faire valider ses compétences pour acquérir tout ou partie d'un diplôme ou d'un titre à finalité professionnelle. Les candidats peuvent, dans certaines conditions, être conseillés et accompagnés.

L’accompagnement consiste en des séances collectives pour aider les agents à rédiger leur livret de VAE – celui dans lequel doivent être détaillées les compétences acquises – et préparer l’entretien avec le jury.

Un candidat à la VAE ne peut déposer qu'une seule demande pendant la même année civile et pour le même diplôme, titre ou certificat. Pour des diplômes, titres ou certificats différents, il ne peut déposer plus de 3 demandes au cours de la même année civile.

 

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