Olivier, linguiste au service du renseignement militaire, à l’écoute de l’information
À 45 ans, l'adjuvant chef Olivier est linguiste du renseignement dans l'Armée de terre au 54ème régiment de transmissions à Haguenau, en Alsace. Il exerce cette activité depuis 2008.

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En quoi consiste votre travail de linguiste dans l’Armée de terre ?
En tant que spécialiste de la langue arabe et de ses dialectes, je traduis des fichiers sons, des communications radios, des conversations téléphoniques, des fils de conversation sur Internet, etc., et je fais remonter les informations ayant un intérêt pour la direction du renseignement militaire. Je travaille principalement dans un bureau sur le territoire national.
Mais je suis également déployé sur le terrain à l'étranger pour appuyer directement les opérations extérieures (OPEX). Lors de ces OPEX, je vais faire la traduction des éléments interceptés ou faire de l’interprétariat auprès des différentes composantes de la force, autrement dit aider les forces de l'armée à échanger avec les populations ou, selon les situations, comprendre le camp adverse.
Quel parcours vous a mené à ce métier ?
Je suis entré dans l’armée il y a 25 ans, comme soldat de base. Au bout de quatre ans, je pensais arrêter et me reconvertir. J’avais choisi l’armée pour voir du pays mais je n’avais alors fait que deux petites missions... J’en ai parlé à mon chef de section qui m’a proposé de m’orienter vers le métier de linguiste du renseignement, métier qu’on appelait encore jusqu’à juin dernier linguiste d’écoute, étant donné que j’avais suivi une scolarité en langue arabe.
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Où avez-vous été formé pour devenir linguiste ?
J'ai été formé au Centre de Formation Interarmées au renseignement (CFIAR) qui était à Strasbourg (Bas-Rhin) à l'époque (le centre a rejoint la base aérienne 110 de Creil depuis juin 2021, Ndrl.). J'y suis d'abord allé pour faire mon test d'agrément technique. Ce test permet de vérifier les aptitudes à l'apprentissage de langues étrangères des candidats. Je l'ai réussi haut la main. Dans mon cas, je devais aussi, avant de faire ma formation, devenir sous-officier, prérequis pour accéder à la spécialisation.
Après mes trois mois à l'École nationale des sous-officiers d'active (ENSOA) qui m’ont permis d’accéder au grade de sous-officier, j'ai enchaîné avec deux années de spécialisation.
Pendant la scolarité, on découvre les diverses entités dans lesquels on peut être amené à travailler. J’ai, pour ma part, choisi de venir servir au 54è régiment de transmissions.
Quelles compétences et qualités faut-il avoir pour exercer ce métier ?
Il faut :
- être ouvert d’esprit
- savoir se remettre en question
- être un minimum organisé
- être altruiste
- être dans le partage
- avoir un esprit de camaraderie.
Il faut aussi savoir travailler en équipe, faire preuve et avoir la faculté d’adaptation, c’est l’une des qualités du militaire. Enfin, il faut être autonome parce certaines missions l’exigent.
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Quels conseils donneriez-vous à une personne qui veut devenir linguiste du renseignement ?
La formation est ouverte à tout le monde, il n'y a pas besoin d'avoir de connaissance en langue avant de faire l'école, car la première année est consacrée à l'apprentissage de la langue. La deuxième année, on est vraiment formé au métier. Il faut être également à l’aise en français.
Au quotidien, c’est une spécialité qui requiert un travail personnel constant, il faut maintenir sa technicité, « driller », c’est-à-dire s’entraîner sans relâche à écouter, visionner et traduire toutes sortes de fichiers. Il faut aussi se tenir informé de tout ce qui est lié à la géopolitique, car cela va nous faciliter beaucoup la compréhension de l’environnement… On n’a pas le droit à l’erreur. Les informations que nous pouvons intercepter, traduire et analyser peuvent avoir des conséquences pour la sécurité nationale ou la sécurité d’autres pays.
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Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier ?
J’ai eu l’occasion de participer à de très belles missions, comme l’opération Barkhane. Je suis très fier de ce que j’ai pu accomplir avec les camarades avec qui j’étais sur le terrain, même si la partie « risque » est là. Ce métier est passionnant. On se sent utile parce qu’on sert la nation. On fournit du renseignement qui va permettre de lutter contre certaines mouvances.
Le linguiste du renseignement est-il aussi un militaire ?
Oui, c’est un militaire comme les autres. On est avant tout soldat. Le maintien en condition physique est primordial car chaque mission demande une forte adaptation. Comme tout militaire, on s’exerce régulièrement au tir, on a des remises à niveau en secourisme, etc. On participe à la préparation de chaque mission, du matériel, etc. Lorsqu’on est à l’étranger, on suit les troupes dans leur déplacement, on peut être amené à conduire différents types de véhicules, à accompagner nos camarades sur le terrain...
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Est-ce que l’IA peut-elle à terme vous remplacer (en partie) ?
Non, mais on ne peut pas l’exclure pour certaines langues. On utilise déjà l’intelligence artificielle (IA), mais ça ne peut pas remplacer notre travail dans son intégralité au regard des spécificités propres à chaque région. Je ne suis pas inquiet. Notre spécialité reste trop complexe pour être automatisée.
Ce métier est passionnant. On se sent utile parce qu’on sert la nation
Quelle évolution possible pour le linguiste du renseignement ?
Quand on est sous-officier, on suit l’évolution classique, monter en grade, occuper des postes à responsabilité comme responsable de cellule traduction, chef de bureau, chef de section PROTERRE, tout dépend. Pour ma part, j’ai occupé ces fonctions et commandé une section au régiment. Depuis 2021, je suis également instructeur et, à ce titre, je prépare aussi les camarades à partir en mission.
Linguiste du renseignement
- Fonction publique : État
- Catégorie : B
- Corps d'emploi : sous-officier
- Filière : défense
- Salaire : 2 618€ brut/mois (après la première année en régiment, célibataire, sans enfant et hors prime)
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