Atomicien dans la Marine nationale, l'expert de la chaufferie nucléaire

Séverine Cattiaux • mis à jour le
DOSSIER : Militaires et civils : les métiers de l'armée

Formé dans les écoles de la Marine nationale, l'atomicien est le spécialiste de l'énergie nucléaire à bord des sous-marins ou du porte-avions "Charles de Gaulle". Un métier très exigeant, accessible à bac+2, pour des caractères bien trempés.

Atomicien - Marine nationale

L'atomicien est un spécialiste de l’énergie nucléaire (ENERGNUC) de la Marine nationale. Mécanicien-électricien hors pair, doté d'un sens aigu de la sécurité, hyper réactif, il effectue de longues missions en mer, dans un sous-marin ou sur le porte-avions "Charles de Gaulle".

"Nous sommes environ six cents atomiciens, au total, dans la Marine, si l’on tient compte de tous ceux qui travaillent à terre et de ceux qui poursuivent leur carrière dans un autre service, en qualité d’atomicien", commente Julien Bérenguer, chef du Cirfa Marine de Clermont-Ferrand, après avoir été atomicien de 2006 à 2014, puis instructeur atomicien.

Ces professionnels de l’énergie nucléaire sont formés dans les écoles de la Marine nationale, qui a besoin de personnel "sur mesure". Et pour cause, tous ses sous-marins, ainsi que le porte-avions "Charles de Gaulle", carburent à l’énergie nucléaire.

Avec les nouveaux sous-marins d'attaque Barracuda conçus pour accueillir du personnel féminin (conception et livraison de six sous-marins entre 2017 et 2028; budget : 7,9 milliards d'euros), le métier d’atomicien devrait s’ouvrir aux femmes.

 

Vigilance de tous les instants sur la chaufferie nucléaire

A bord d’un sous-marin ou du porte-avions "Charles de Gaulle", l’atomicien se tient une bonne partie de son temps devant un pupitre de commandes relié à la chaufferie nucléaire. Sa vigilance doit être optimale.

"Quand, au bout de vingt-cinq jours en mission, survient une avarie et qu’il faut réagir vite, il ne faut pas se poser de question", lance Julien Bérenguer.

L’atomicien travaille au sein d’une équipe de trois personnes, qui se relaient tous les quarts. La journée en mer est en effet découpée en six quarts de quatre heures. Le professionnel doit avoir en permanence une quantité de valeurs en tête. "On est très bien formés. On sait ce que l’on fait. Il n’y a jamais eu d’accident, ni même d’incident notable", assure l’ancien instructeur.

On est très bien formés. On sait ce que l’on fait, et il n’y a jamais eu d’accident, ni même d’incident notable.

Avant chaque mission, pendant les périodes d’entraînement à terre d’une durée de huit à dix semaines, l’atomicien s’entraîne sur des plateformes tests, où il est noté. Il passe aussi des visites médicales. Une fois par an, l’autorité de sûreté nucléaire vérifie, à l’occasion d’un test écrit, ses connaissances génériques sur le nucléaire.

Régulièrement, l’atomicien enfile le bleu pour se rendre dans la cale. Epaulé par l’équipe placée sous ses ordres, il vérifie les installations : réacteurs, usine électrique et parties mécaniques notamment

"L'atomicien doit aussi procéder à l’entretien des engins programmé à échéance fixe, comme la vidange d’une voiture qui doit être faite tous les 10.000 ou 20.000 km", précise l’ancien instructeur.

Au demeurant, que ce soit sur les sous-marins ou le porte-avion, toutes les pièces importantes existent en deux, voire en trois ou quatre, exemplaires. "Quand une pièce ne fonctionne pas, la deuxième prend le relais, mais il faut à tout prix réparer la première pour continuer la redondance." Il n’y a, en revanche, que deux alternateurs et deux moteurs de propulsion sur le sous-marin. En cas de panne, "on doit observer des consignes de restriction sur la vitesse, ce qui impacte la mission."


Quatre ans de formation pour devenir atomicien

L’atomicien doit suivre quatre ans de formation, avant d’être "lâché" dans un sous-marin ou sur le porte-avions Charles de Gaulle... "Un travail régulier et la motivation seront payants", promet l’ex instructeur.

Le militaire novice entre d’abord à l’Ecole de maistrance à Brest (16 semaines). Ensuite, il entame le cursus proprement dit, en trois étapes, qui débouche sur l’obtention du brevet supérieur adapté d’atomicien de propulsion navale (BSA APN).

Après quatre mois d'internat à l’école de Saint-Mandrier, au Pôle écoles méditerranée (PEM), il enchaîne avec une formation de neuf mois à l’Ecole des applications militaires de l’énergie atomique (EAMEA), à Cherbourg.
La troisième étape, de quatre mois, se déroule à Toulon, à l’Ecole de navigation sous-marine et des bâtiments à propulsion nucléaire (ENSM). Et ce n’est pas fini. "L'atomicien doit en outre effectuer deux missions sur des sous-marins, en tant que rondier [celui qui fait des rondes de surveillance] ou de mécanicien", souligne l’ex-instructeur. Enfin, l’atomicien en herbe est presque prêt. Il ne lui manque plus que le brevet de maîtrise.

Quelle formation initiale pour devenir atomicien dans la marine?

Julien Bérenguer recommande les DUT Génie mécanique, les DUT Mesures physiques, les BTS Electro tech, les BTS Maintenance industrielle. "Mais, assure cet ancien instructeur atomicien, un très bon candidat doté d'un BTS dans les télécommunications ou titre de niveau bac +2 dans le domaine scientifique peut tout à fait  réussir, si la filière nucléaire l’intéresse."

 

 

Claustrophobes et "enveloppés" s'abstenir...

Mieux vaut être particulièrement sociable pour supporter la promiscuité inhérente aux voyages en mer. Les missions sur les sous-marins sont assez longues, de 4 à 5 mois, avec des périodes d’immersion qui peuvent durer jusqu'à 55 jours. 
"On vit avec les mêmes personnes dans un petit espace. Le seul moment d’intimité est quand on se trouve dans sa bannette, dans son lit. Mais en général, la vie à bord se passe très bien : il règne un fort esprit de cohésion chez les marins."

Pour monter dans le sous-marin, il faut savoir que le critère du poids entre en jeu. Ceux qui ont pris de l'embonpoint pendant une mission en mer sont ainsi priés de suivre un régime minceur pendant leur permission pour pouvoir remonter à bord !  Il faut aussi pouvoir supporter les changements de pression de l’air, être en mesure de procéder au vasalva, une manœuvre d'équilibrage permettant d'équilibrer la pression entre l'oreille externe et l'oreille moyenne, utile en de nombreuses occasions. 

 

Evolutions métiers possibles : chimiste, chef de quart, instrumentiste…

Après trois ou quatre missions en mer, l’atomicien-mécanicien (selon ses choix de cursus) peut briguer un poste de chimiste. Ce faisant, il ne fera pas l’économie d’une formation supérieure. Le chimiste est chargé de la qualité et de la pureté de l’eau dans le réacteur. Il n’y a qu’un seul chimiste à bord d'un sous-marin.

Les atomiciens-électriciens, eux, peuvent se spécialiser dans le métier d'instrumentiste, préposé au réseau électrique de la chaufferie, ainsi qu’à celui des autres installations de l’avant du sous-marin. On trouve deux instrumentistes à bord.

Quelle que soit sa spécialité, l’atomicien peut aussi prétendre à devenir chef de quart. Il aura alors pour tâche de superviser l’équipe des atomiciens et de valider les interventions à réaliser. Il lui incombera de faire régulièrement un point auprès du commandant, situé à l’avant du sous-marin.

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