Fonction publique : l'accueil des tout-petits manque de professionnels qualifiés

Laure Martin • mis à jour le
DOSSIER : Les métiers de la petite enfance

Pour répondre à une forte demande, de nouvelles solutions d'accueil des tout-petits voient le jour. Reste à former les professionnels de la petite enfance suffisamment qualifiés que réclament les employeurs.

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[Mise à jour : 28/05/2016] Il n'y a pas assez de places d’accueil dans les crèches pour les enfants de moins de 3 ans en France. Un déficit chronique, évalué à 350 000 places environ. Trois raisons principales à cela :

  1. le taux de fécondité des Françaises reste élevé,
  2. l'arrivée plus tardive, qu'il y a 40 ans, du premier enfant, à 28 ans en moyenne,
  3. l'augmentation du taux d'activité des femmes : il a doublé en 50 ans((Chiffres: Insee)).

Créer des places pour les petits dans les crèches françaises

Pour répondre aux besoins, promesses politiques et plans d’investissement se succèdent. Un plan prévoyait la création de 12 000 places en crèches par an, entre 2007 et 2012, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Puis, pendant sa campagne présidentielle de 2012, le candidat François Hollande avait promis 500 000 places "d'accueil sous toutes ses formes" pendant son quinquennat.

De 80 000 à 100 000 places de crèches créées d’ici à 2017 ?

Alors que la crèche apparaît comme le mode de garde préféré des parents, note le Centre d'observation de la société, seule 1 demande sur 6 serait satisfaite. En 2013, Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre du droit des femmes, annonçait la création de 80 000 à 100 000 places de crèches d’ici à 2017. Or, selon un rapport du Haut Conseil de la famille, seules 14 000 places ont été créées en 2013, au lieu des 55 000 nécessaires.

Une répartition territoriale disparate

  • Paris, les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne, les Alpes-de-Haute-Provence et le Var sont les mieux dotés en nombre de places de crèches.

Le Fonds national d'action sociale renforcé

En juillet 2013, une convention d'objectifs et de gestion signée par l'Etat avec la Caisse nationale des allocations familiale a prévu d'augmenter de 7,5 % par an (pour aboutir à 6,7 milliards en 2017) les ressources du Fonds national d'action sociale, qui finance notamment les crèches et centres de loisirs.

Cette augmentation devait permettre de financer 200 000 nouvelles solutions d'accueil pour les  moins de 3 ans (100 000 en établissements collectifs et 100 000 via des assistantes maternelles), ainsi que 75 000 nouvelles places à l'école maternelle. Cependant, la diète imposée à la Caisse d'allocations familiales (CAF) par l'Etat pourrait mettre en cause le financement des nouvelles solutions d'accueil. Une remise en cause toutefois démentie par la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine.

Davantage d’équipements dans les communes

Par ailleurs, les collectivités territoriales investissent dans de nouveaux équipements ou réhabilitent des établissements d'accueil.

A noter

Même si le secteur privé associatif et lucratif connaît un essor, les besoins en personnel concernent, au premier chef, les communes qui gèrent 64 % des crèches et 45 % des haltes-garderies.

Selon la note de conjoncture du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) de 2011, le secteur de la petite enfance représente 7 % des effectifs au sein de la fonction publique territoriale (crèches et PMI essentiellement), soit 129 270 postes. Parmi les 3 340 recrutements envisagés dans ce secteur en 2011 (soit 10,4 %), les métiers d’agent d’accompagnement de l’enfance et d’assistant d’accueil petite enfance étaient considérés comme les plus recherchés.

Une pénurie persistante de professionnels qualifiés

Les collectivités territoriales sont confrontées à une pénurie de professionnels qualifiés, en particulier de puéricultrices et d’auxiliaires de puériculture. Cette pénurie  s’explique par "la faiblesse de la formation en cours d’emploi ou par un taux de sortie élevé de ces professions, en partie lié à un manque de perspectives de carrière et de possibilités d’évolution", note le CNFPT. Ces contraintes sont également pointées dans un rapport de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) de novembre 2013 sur l’organisation territoriale de la petite enfance.

Le personnel compétent en matière de gestion administrative et financière d’une structure d’accueil est également très recherchés.

A noter

Une réforme des formations annoncée depuis... 2007

Promise depuis 2012 par le gouvernement, la réforme des formations de la petite enfance est en fait à l'ordre du jour depuis 2007, au moins. Comme l'écrivent nos collègues de la Gazette Santé-Social : "Sous Nicolas Sarkozy, il s’agissait d’accompagner la montée en puissance de l’offre en créant 200 000  solutions d’accueil durant le quinquennat. Pour cela, un plan métiers de la petite enfance devait former 15 000 professionnels supplémentaires. Ce plan a surtout fait exploser le nombre de CAP Petite enfance, alors que les gestionnaires d’EAJE [établissement d'accueil du jeune enfant] manquaient de professionnels qualifiés. Le contenu des formations a été revu à la marge, comme avec le remplacement du BEP Carrières sanitaires et sociales par un nouveau Bac professionnel Accompagnement, soins et services aux personnes? (ASSP), certes de niveau IV, mais qui ne permet pas de travailler dans un EAJE."

Début mai 2016, Sylviane Giampino a remis au gouvernement le rapport que lui avait commandé le gouvernement pour élaborer une nouvelle réforme. Cette étude contient 108 préconisations, dont beaucoup sont en phase avec l'Association nationale des puéricultrice diplômées et des étudiants (ANPDE) et le Comité d'entente des écoles préparant aux métiers de l'enfance (Ceepame). Reçues le 23 mai 2016 par la ministre de la Santé, ces associations devraient rendre compte de cette rencontre lors  des 41es Journées nationales d’études des puéricultrices, du 15 au 17 juin 2016 à Poitiers.

L'ANPDE et le Ceepame avaient proposé conjointement plusieurs pistes de réforme pour améliorer la formation des professionnels :

  • Finaliser la réingénierie du métier de puériculteur, en incluant les représentants de l’enseignement supérieur, pour une formation cohérente avec les recommandations universitaires et l’exercice du métier. La réingénierie nécessaire du métier figure donc dans le rapport Giampino. Par "réingénierie", il faut comprendre la remise à plat du processus d'acquisition des compétences pour exercer ce métier en vue d'une amélioration des résultats, ce qui passerait par une formation donnant plus de place aux spécificités du développement du jeune enfant et de compléter la formation initiale et continue avec des enseignements concernant l'accueil d'enfants handicapés ou souffrant de pathologies somatiques ou mentales.
  • Conférer le grade de master aux infirmières puéricultrices.
  • Réformer le concours d’entrée en formation des spécialités infirmières pour l’intégration dans le système universitaire et l’égalité des chances entre candidats. 
  • Opérer une régulation quantitative des formations fondées sur des données démographiques fiables.
  • Organiser la mutualisation d’enseignements théoriques entre les spécialités infirmières.
  • Revoir les coûts des formations.

Coup de pouce financier au secteur privé de la petite enfance

En février 2015, les ministres François Rebsamen (Travail) et Laurence Rossignol (Famille) ont signé avec les partenaires sociaux un accord-cadre visant à valoriser et développer les métiers de la petite enfance sur la période 2015-2018 : l'accord national d'engagement de développement de l'emploi et des compétences (Edec) pour les métiers de la petite enfance.

Signé avec la Fédération française des entreprises de crèches((En 2015, les 30 membres de la FFEC gèrent et animent plus de 900 crèches inter-entreprises et en délégation de service public,  soit 30 000 places, et emploient  10 000 salariés. La FFEC est présente dans 70 départements. Plus de 2 000 entreprises ou administrations et 200 collectivités font appel à ses membres.)), l'Edec concerne le secteur privé de la petite enfance. Il prévoit la mobilisation de 5 millions d'euros (dont 1,5 million d'euros de l'Etat) pour  financer des actions de soutien aux salariés (professionnalisation, développement des compétences, prévention des risques professionnels) et aux employeurs et mieux faire connaître les métiers de la petite enfance.

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