Les métiers de demain dans les collectivités territoriales

Laure Martin
DOSSIER : Les secteurs qui recrutent dans la fonction publique territoriale

Développement durable, communication numérique, besoins nouveaux des usagers... De fait, les métiers des agents des collectivités territoriales évoluent. Tout l'enjeu est de savoir comment et dans quel sens mener le changement. Emmanuel Cattiau, directeur général des services, et Alain Ananos, directeur général adjoint, abordent deux aspects essentiels de cette mutation en cours.

Métiers de demain

Les métiers territoriaux de demain, selon Emmanuel Cattiau, directeur général des services de Moissy-Cramayel (77)

"Circuits courts" et métiers de l'environnement 

L’aspect "circuit court" fait évoluer les métiers de la gestion des espaces publics. 

Il y a deux thématiques liées aux métiers d’avenir au sein des collectivités territoriales. Tout d’abord, tout ce qui concerne les métiers de l’environnement et du développement durablel’éco-pâturage, le maraîchage urbain, le compostage de proximité...

Aujourd’hui, un technicien des espaces verts doit savoir gérer les méthodes alternatives. Il faut être capable d’intégrer l’éco-pâturage et le zéro produit phytosanitaire avec les nouvelles techniques d’entretien et permettre l’évolution des espaces d’agrément en espaces productifs.

Cette évolution des métiers du secteur public ne se situe pas à la marge. Elle répond à des objectifs politiques. On parle de "ceinture maraîchère" aussi bien en milieu urbain dense qu’en zone péri-urbaine.

L'aspect "médiation" innerve désormais tous les métiers

L’aspect médiation avec la population est donc fondamental. Car, si, par exemple, nous construisons des éco-quartiers sans donner le mode d’emploi à la population, les habitants peuvent percevoir les nouveautés comme des contraintes, des obligations qui bousculent leurs habitudes. 

La question est de savoir comment nous allons y parvenir. Il faut former, convaincre et faire évoluer les mentalités.

 

Les métiers d'animateur gestionnaire d’écoquartiers, de médiateur culturel, d'agent de développement local, prennent alors tout leur sens. Les écogestes ne s’apprennent pas seulement à l’école, l’apprentissage doit aussi se faire dans les quartiers. La modification d’un quartier passe par la pédagogie. Le nouveau cahier des charges des éco-quartiers nécessite que les cibles soient atteintes. On est dans le développement durable sur le plan économique, social et environnemental.

Il ne faut plus se contenter du dépliant dans la boîte aux lettres. Les habitants sont réceptifs au fait d’être consultés. Nous parvenons, avec des thématiques claires et concrètes, à les mobiliser pour la concertation. Les services techniques et d’urbanisme doivent donc intégrer des nouveaux outils de concertation avec les réseaux sociaux et créer du lien en organisant des réunions. Les métiers de la communication doivent aussi évoluer en lien avec les métiers de la concertation." 

Les métiers territoriaux de demain, selon Alain Ananos, directeur général adjoint des services de Pantin (93)

Redonner du sens à l'esprit de "service public"

Au sein des collectivités locales, nous sommes dans la phase critique d’adaptation de nos ressources humaines, car nous "digérons" l’impact de l’évolution des nouveaux outils numériques par un management par la rupture. Nous avons forcé le passage aux nouvelles technologies et l’ensemble de nos ressources a dû s’adapter.

Les nouvelles générations n’ont pas de souci sur le management de l’outil. Mais nous devons nous préoccuper de la formation des esprits. Si l'on prend les temps longs de l’apprentissage, nous avons démantelé les formations qui concernent les attachés territoriaux, et tout ce qui forgeait une identité collective.

Nous sommes arrivés à une approche individuelle de la tâche, avec des tableaux de bord qui s’intéressent davantage au coût de production qu’à la finalité du travail à réaliser. Avec le développement des mêmes nouveaux outils, nous parvenons à reposer la question de la création d’un travail un peu plus global et un peu plus porteur de sens. Donc, il faut qu’on reprenne du temps long de formation pour que nos collègues puissent s’inscrire dans la fierté d’être fonctionnaire.

Il faut qu’on reprenne du temps long de formation pour permettre à nos collègues de s’inscrire dans la fierté d’être fonctionnaire.

Des agents territoriaux coproducteurs des politiques publiques

Après les années de tension entre les nouvelles technologies et l’optimisation des politiques publiques, qui ont contribué à fragmenter et désaffilier les fonctionnaires, nous sommes dans une phase où se pose la question de la réappropriation de l’esprit public, quel que soit le métier considéré.

Par exemple, être un éboueur et avoir une relation à l’usager qui trie ses déchets, c’est être dans une dimension où chacun fait un petit pas pour se sauver collectivement. C’est pareil pour le gardien de parc qui travaille désormais sur la médiation de l’espace public.

Aujourd’hui, on leur demande de travailler avec les animateurs et de faire de la médiation, d’écouter ce qui se fait dans le quartier afin de croiser cela avec l’analyse des besoins sociaux pour structurer les politiques publiques. Ils ne sont plus dans un rôle statique. Ils sont dans un nouveau rôle de médiation. C’est une vraie évolution.

L’enjeu des formations, quel que soit le rôle ou le grade de chacun, c’est de se réapproprier ensemble ces valeurs d’intérêt général.

Un management de bienveillance, "agir en responsabilité"...

Les métiers doivent évoluer, tout comme le managementen faisant plus attention à l’autre. Chacun sur son travail doit être une locomotive de l’adaptation et du changement, et agir en responsabilité.

C’est très compliqué, car, entre le nouvel outil et les nouveaux modes d’interaction avec le public, l’agent qui produit le service va être coproducteur de la politique publique. Cela veut dire que du point de vue managérial, la question de la formation à l’esprit de service public devient une question centrale.

Aujourd’hui, il est très compliqué de ne pas être désespéré par rapport au travail. Nos équipes, sur l’espace public, sont confrontées à la non-reconnaissance permanente de leur travail. Le travail a tellement été taylorisé que chacun est omnubilé par sa propre productivité

Sur le plan des politiques publiques, c’est un sujet essentiel. Après, il est vrai que ce n’est pas gagné de convaincre chacun des agents de tenir cette place-là. Mais si l'on est intéressé par son travail, les conséquences individuelles sont importantes. La question de l’intérêt est, selon moi, centrale.

L’évolution des métiers ne peut que passer par le fait de considérer les agents comme des producteurs. On doit se mettre ensemble pour coproduire le meilleur service possible, il faut donc revoir la manière de manager.

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