Plus de collégiens, moins d'aspirants enseignants : crise du recrutement dans le secondaire
Suppressions de postes, conséquences de la masterisation, exigences accrues… Les nuages s’amoncellent au-dessus de la tête des aspirants au métier d’enseignant du secondaire, qui viennent tout juste de passer les épreuves écrites du concours externe (avant les oraux en avril-mai). Le salaire à l'embauche fixé à 2 000 euros brut L’annonce, le 24 novembre 2011, par le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, d’un passage, en février 2012, à un salaire de 2 000 euros brut pour les enseignants débutants ne fait pas taire les inquiétudes du monde éducatif. "Je ne suis pas sûr que ce soit suffisant pour enrayer la crise de recrutement à laquelle fait face actuellement l’Education nationale", avait ainsi réagi la secrétaire générale de la Fédération syndicale unitaire (FSU), Bernadette Groison. Le nombre de candidats a baissé de moitié en 2011 Premier obstacle : la suppression des postes, qui a marqué la rentrée 2011. Elle a entraîné, "dans un mouvement naturel", une baisse des candidats, avance Emmanuel Mercier, secrétaire national du Syndicat national des enseignements de second degré (Snes) chargé de la formation. Baisse qui, à son tour, a eu pour conséquence une diminution du recrutement. Environ 21 000 personnes se sont présentées aux épreuves écrites du concours 2011 contre 38 249 l’année précédente, pour 8 600 postes à pourvoir. Il y a également 8 600 postes à pourvoir dans le secondaire à la rentrée 2012. Un millier de postes non pourvus "Nous avons dénombré 976 postes non pourvus. Dans les établissements, nous sommes à sec, en particulier dans les filières mathématiques et sciences physiques. Nous sommes plutôt dans le '2 fonctionnaires sur 3 pas remplacés' ", précise Emmanuel Mercier. Le ministère de l’Education nationale a estimé qu'il s'agit d'une baisse "conjoncturelle" due à la mise en place de la réforme de la formation des enseignants et avance pour preuve la hausse de 6 % d’inscrits pour l’examen en cours. La masterisation : un prolongement des études discriminant "Il faut regarder ce chiffre de plus près", alerte Emmanuel Mercier, "car il cache des disparités. Soit une hausse de 11 % pour l’agrégation et une baisse de 1,1 % pour le Capes". "C’est l’effet masterisation : tant qu’à suivre un niveau bac + 5, autant passer l’agrégation", ajoute-t-il. La réforme de la masterisation est le second obstacle sur la route des candidats. Un rapport parlementaire adopté le 7 décembre 2011 (dont une première mouture avait été rejetée en juillet dernier) critique la formation des enseignants et donne des pistes pour corriger les imperfections de la réforme de 2010. Les rapporteurs soulignent que ce prolongement des études a été discriminant sur le plan social, tous les étudiants n'ont pas les moyens financiers de poursuivre efficacement leurs études, avec des répercussions sur le nombre d'élèves se présentant aux différents concours de l'Education nationale. Des étudiants qui se tournent vers le privé Le rapport propose une bourse d'étude complétée par des stages rémunérés ou une aide au logement. Pour revaloriser le métier, il suggère d'orienter la formation vers davantage de pédagogie et moins de cours théoriques. La masterisation a aussi eu pour effet, selon l’analyse d’Emmanuel Mercier, de détourner des étudiants vers le privé : "Puisqu’il faut désormais un bac + 5, on peut juger plus attractif de préparer un concours dans une école de commerce ou d’ingénieur". De nouvelles exigences à la rentrée 2012 Enfin, dernier obstacle : de nouvelles exigences à la rentrée 2012. En plus du concours d’entrée, les aspirants enseignants devront, pour la plupart, être détenteurs de deux certificats supplémentaires, le certificat en langues étrangères (CLES de niveau 2) et le certificat en informatique et Internet (C2I2E). Un candidat qui n’a pas pratiqué de langue étrangère depuis plusieurs années, cas classique, peut ainsi être pénalisé. De plus, l’inscription à ces certificats est payante, et l’examen ne se déroulant pas dans toutes les académies, il exige des candidats de se déplacer. Plus de collégiens et moins d'aspirants enseignants "Nous sommes très inquiets pour la rentrée prochaine et encore plus pour les années à venir", conclut Emmanuel Mercier. Se basant sur l’étude de la pyramide des âges, il explique que la conjoncture n’a jamais été aussi défavorable : "Arrivent au collège les classes d’âge nombreuses alors que, dans le même temps, les étudiants en âge de préparer les concours sont moins nombreux que dans les années passées". Sophie Le Gall Plus d'informations :
• Notre dossier Devenir enseignant.
• Lien vers le rapport parlementaire sur La formation initiale et les modalités de recrutement des enseignants. • Plus d’informations sur le CLES et le C2I2E.
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