Managers publics vs managers privés : quelles différences ?

Laure Martin • mis à jour le
DOSSIER : L'amélioration de la qualité de vie au travail (AQVT)

Les managers du secteur public et ceux du privé exercent-ils un travail fondamentalement différent ? Deux chercheurs ont mené l’enquête et le résultat est pour le moins… inattendu !

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Il est communément admis que les secteurs publics et privés seraient deux mondes diamétralement opposés souligne une enquête éditée par l'ENA, avec,

  • d’un côté, le monde public "présenté a priori comme peu évolutif, centré sur des rapports d’autorité et de contrainte, et offrant un certain confort à ses salariés"
  • et, de l’autre, le monde privé, « plus dynamique, mouvant, mais aussi soumis à d’importantes pressions pour plus de compétitivité ».

Cependant, la situation de l’administration publique française évolue. "Le management public s’est installé en France bien plus tard que dans les pays anglo-saxons, souligne Emmanuel Abord de Chatillon, l’un des deux auteurs de l’étude. L’importation a tardé et a commencé au début des années 2000, avec des réformes qui se rattachent à la nouvelle gestion publique, comme notamment la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) de 2001 qui introduit de nouvelles logiques managériales."

Pour comparer les deux secteurs, les auteurs ont interrogé environ 2.000 managers sur leurs différents rôles, avant de réduire leur échantillon à 908 managers représentatifs.

La vraie fracture ? Le type d’organisation du management

Plus de la moitié des répondants estiment que leur rôle consiste à appliquer et faire appliquer des directives. Cependant, cette représentation de la fonction n’est pas plus présente dans le secteur public que dans le secteur privé. C’est davantage le type d’organisation que son caractère public ou privé qui forme la ligne de fracture. Les auteurs observent un niveau significativement élevé d’importance donné par les managers de l’Etat au rôle de "traduction", c’est-à-dire d'appliquer et de faire appliquer des directives.

Par ailleurs, l’autonomie et les marges de manœuvre que se reconnaissent les managers du public sont moindres que dans le privé. Et ce, pour tous les types d’organisations. "L’autonomie est indispensable, sinon le manager n’est qu’un exécutant", souligne Céline Desmarais, auteure de l’enquête. "L’autonomie et les marges de manœuvre sont plus importantes dans le secteur privé et ce n’est pas étonnant, relève Emmanuel Abord de Chatillon. Cela s’explique par le poids des règles dans le secteur public. Les managers sont conditionnés par un ensemble de règles prédéfinies. »

Manager public et privé : un rôle d'interface entre agents de différents services et avec la hiérarchie

Selon l’ensemble des managers, ce sont leurs rôles d’interface et de relations qui semblent les plus importants. Concernant les rôles relationnels internes, la différence public/privé semble relativement ténue d’après l’étude. Les rôles d’interface avec les subordonnés et les autres services sont d’importance égale dans le secteur public et le secteur privé.

En revanche, le rôle d’interface avec la hiérarchie est plus développé pour les managers du public. "L’idée du devoir d’obéissance des fonctionnaires est plus prégnante, car ils considèrent devoir respecter les décisions prises par les élus", analyse Céline Desmarais. Les managers publics consacrent par ailleurs un temps équivalent à celui des managers privés en interface avec l’extérieur (partenaires, clients, usagers), mais la nature de cette relation semble différer.

Ainsi, les managers interrogés estiment principalement avoir à se conformer aux attentes de la hiérarchie et plutôt avoir à résister aux attentes des subordonnés. En revanche, il existe une différence significative entre les deux secteurs concernant les attentes des usagers. « Dans le public, les managers vont davantage résister aux attentes des usagers car ces derniers, pris individuellement, ne sont pas la seule partie prenante de l’intérêt général, indique Céline Desmarais. A l’inverse, dans le privé, le client représente le but suprême du fonctionnement de l’organisation. »

Performances professionnelles ? Une pression ambigüe dans le public

Si le secteur public est généralement considéré comme soumis à de moindres pressions à l’égard de la performance que le secteur privé, celle-ci serait néanmoins plus complexe, multiple et ambigüe. Les managers publics seraient davantage confrontés à des objectifs contradictoires, liés probablement à l’éloignement des centres de décisions dans les organisations publiques.

De plus, « les organisations publiques négligent les caractérisations explicites du travail des managers publics car elles considèrent qu’ils doivent savoir ce qu’ils ont faire », souligne Emmanuel Abord de Chatillon. Concernant le pilotage des objectifs, en revanche, les managers du public semblent un peu moins sous pression que leurs homologues du privé et sont en majorité dans une situation où l’absence d’atteinte des objectifs affecte peu leurs rémunérations, contrairement aux managers du privé.

Pésents désormais dans la négociation des ressources

Pour le rôle d’adaptation des ressources, une fois de plus, les différences public/privé sont relativement faibles. Comme les managers du secteur privé, les managers publics estiment devoir se donner les moyens de l’action.

Traditionnellement, l’encadrement public se contente d’exécuter des procédures budgétaires et de s’adapter aux ressources qui lui sont allouées. « Mais, aujourd’hui, les managers publics sont de plus en plus présents lors des négociations d’affectation des ressources », explique Céline Desmarais.  
D'ailleurs, les prescriptions qui affectent le management public supposent l’octroi de marges de manœuvre plus grandes. De nombreuses réformes s’inscrivent dans cette logique générale.

Des managers moins autonomes dans le secteur public

Ainsi, l’enquête met en évidence de faibles différences entre les rôles et représentations de rôles des managers qu’ils appartiennent aux secteurs public ou privé. « On a une continuité entre les deux organisations », note Emmanuel Abord de Chatillon. Cependant, il subsiste des points de différenciation avec, pour le public, moins d’autonomie, une relation avec l’extérieur plus fondée sur l’autorité et des relations internes davantage centrées sur la hiérarchie. « Les caractéristiques classiques du management public semblent perdurer, mais de manière plutôt modérée », souligne l’étude qui confirme également que les différences sont parfois plus importantes au sein même de chacun des univers publics et privés qu’entre eux.

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