Maryvonne Lyazid, adjointe au Défenseur des droits

Séverine Cattiaux • mis à jour le
DOSSIER : Les métiers de la justice et du droit

 Maryvonne Lyazid est adjointe à la lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité aux côtés du Défenseur des droits. Rencontre.

Discriminations

Nommée par le Premier ministre en juillet 2011 sur proposition de Dominique Baudis, Défenseur des droits, Maryvonne Lyazid est adjointe à la lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité aux côtés du Défenseur des droits. Un point d’orgue dans son parcours. Ce mandat qui dure 6 ans, non renouvelable, fait appel à sa capacité d’analyse, forgée à l’aune de toutes ses expériences précédentes.

Maryvonne Lyazid est en charge de la « lutte contre les discriminations et promotion de l’égalité des droits ». Un prolongement de sa mission précédente : elle était membre du collège de la Halde depuis avril 2010, et sa vice-présidente depuis novembre 2010. Maryvonne Lyazid est l’une des trois adjointes du Défenseur des droits, Dominique Baudis. Ce quatriumvirat forme la gouvernance de la seule autorité indépendante constitutionnelle en France ((Le périmètre actuel de l’institution du Défenseur des droits a été défini par la loi organique du 29 mars 2011. Il rassemble les missions de lutte contre la discrimination (ex-Halde), de défense des droits de l’enfant (ex-Défenseur des enfants), de la déontologie de la sécurité (ex-CNDS) et de la médiation avec les service publics ( ex-Médiateur de la République)) dont la vocation est d’« offrir aux citoyens, quelque soit leur statut, un accès direct et gratuit à leurs droits en lien avec l’une des quatre missions sur lesquelles l’institution est compétente : les relations avec les services publics, la déontologie des forces de sécurité, les droits de l’enfant et la lutte contre les discriminations… ».

Avoir un intérêt équilibré pour toutes les catégories de discrimination

Sa charge est très vaste. La lutte contre les discriminations couvre un spectre important : le genre, l’origine, les orientations sexuelles, les croyances religieuses, les opinions politiques, les activités syndicales, l’apparence physique, le handicap, l’âge, etc. « Cela renvoie aux 19 critères… soit à pratiquement toutes les problématiques d’une société », résume-t-elle. Comment avancer de front dans tous ces domaines ? L’adjointe au Défenseur des droits s’est donnée « comme ligne de conduite d’avoir un intérêt équilibré pour toutes les catégories de discrimination… »

12.000 saisines en 2012-

Chaque jour, Maryvonne Lyazid (photo ci-contre) signe bon nombre de documents qui concernent des propositions de décisions, en rapport aux saisines… Le Défenseur a reçu environ 12.000 saisines en 2012 au titre de la discrimination. Toutefois « dans ces saisines que l’institution reçoit, il y a beaucoup de ressenti, mais il n’y a pas forcément de discrimination ». Seules 90 d’entre elles seulement débouchent ainsi sur une action forte…

Suivant le cas, le Défenseur propose un règlement à l’amiable avec médiation, ou de se pourvoir devant les tribunaux. « Nous rédigeons alors un rapport d’observation… Ce qui veut dire que nous amenons notre propre analyse aux juridictions ». Une analyse rigoureuse, puisque entièrement fondée sur le droit qui a distingué les 19 critères de discrimination. C’est donc Maryvonne Lyazid qui a suivi ces dossiers avec le support de toute une administration. Car « nous ne sommes pas une institution hors sol », rappelle l’adjointe. L’institution est composée d’un directeur général, d’un secrétaire général, de 250 collaborateurs et de 430 délégués bénévoles répartis dans 650 lieux dans l’Hexagone, et l’outre-mer, où ils accueillent les personnes se sentant victimes de discrimination.


Notre pays dispose d’une société civile bien organisée vers lesquelles toutes les catégories de personnes peuvent se tourner

Promotion de l’égalité des droits

Chaque jour aussi Maryvonne Lyazid rencontre une ou deux associations, ONG, syndicats, entreprises, etc. En effet, ayant connaissance des saisines et des problématiques récurrentes qui lui parviennent, elle peut décider de conduire des actions avec des institutionnels, syndicats, le monde associatif. « Notre pays dispose d’une société civile bien organisée vers lesquelles toutes les catégories de personnes (âgées, jeunes, handicapées) peuvent se tourner. Ce sont des relais importants ». Avec ces partenaires, elle mène des actions collective, préventive ou curative à l’égard des populations qui ont besoin de relais ou d’accompagnement pour accéder à leurs droits…

Un exemple : avec le Centre de la fonction publique territoriale, les services du Défenseur des droits ont élaboré un guide Recruter sans discriminer dans la FPT. « Au sein de l’institution, un département dédié à la promotion des droits et de l’égalité, avec des collaborateurs spécialisés sur des questions de santé, d’autres sur les questions de handicap, logement, emploi est à l’origine de tout ce travail de production d’outils, d’études, etc ».

Les femmes qui nous saisissaient le plus sont souvent en activité et possèdent un niveau d’études bac, bac +2

La question des « sans voix »

Maryvonne Lyazid se soucie aussi beaucoup de tous ceux qui ont renoncé à leurs droits. Les identifier est un préalable, par des baromètres, des enquêtes…« On a noté par exemple que les femmes qui nous saisissaient le plus – en raison de récrimination sur le critère de grossesse, de situation de famille et d’état de santé - sont souvent en activité et possèdent un niveau d’études bac, bac +2…».

Et les autres, celles qui n’ont pas de diplôme, tout va bien pour elles ? Un groupe de travail a été constitué pour étudier les problématiques de ces femmes moins qualifiées. Le même type d’investigation peut être mené pour les personnes en situation de handicap, personnes âgées, personnes d’origine étrangère, chez les jeunes qui font peu valoir leurs droits…

Ecouter, participer, se faire connaître…- Enfin, il ne se passe pas une semaine sans que Maryvonne Lyazid n’intervienne, sur invitation, dans un colloque, un séminaire. « Il est très important d’écouter ce qui se dit dans les colloques départementaux, régionaux… de participer à leurs réflexions, d’aller aussi dans les écoles de formation… et de faire connaître le Défenseur des droits, à ces occasions ». En octobre dernier, elle est intervenue à l’Ecole des hautes études en santé publique, pour parler de la lutte contre les discriminations bien sûr, et comment en tant qu’employeur, l’école peut s’y intéresser en son sein, en réfléchissant au label « diversité».

Faire évoluer la loi

Le Défenseur des droits fait aussi évoluer la loi, et avancer dans le bon sens les droits des personnes. Maryvonne Lyazid y contribue évidemment. En 2012, l’institution a été auditionnée plus d’une dizaine de fois, soit en vue de propositions de lois, soit de projets de lois… En 2012, l’adjointe du Défenseur des droits a été auditionnée par la commission parlementaire sur les migrants âgés, ou encore par la commission nationale consultative des droits de l’homme sur la question des droits et de l’avancée en âge…

Où qu’elle se rende (dans les séminaires, colloques), Maryvonne Lyazid est souvent interpellée pour éclairer le débat, rassurer aussi parfois. En octobre dernier, elle s’est rendue à un séminaire sur l’accessibilité à Grenoble. Elle y a rappelé le positionnement du Défenseur, au regard de l’actualité du moment (échéance prochaine de 2015 de la loi Handicap de 2005, par rapport à la mise en accessibilité des établissements recevant du public). Les associations l’ont questionnée sur la future loi en préparation…

Contactée par le secrétaire général adjoint de l’Europe pour un projet portant sur l’exclusion sociale et la dignité humaine

Parcours professionnel de Maryvonne : du local à l’international

Après l’IEP de Strasbourg, elle enchaîne avec l’Ecole de la santé publique… « J’ai eu rapidement envie de rentrer dans la fonction publique, pour exercer un métier ouvert, polyvalent et touchant aux enjeux sociétaux ».

Reçue au concours des inspecteurs des affaires sanitaires et sociales, Maryvonne Lyazid occupe la fonction de directrice de la DDASS du Bas Rhin de 1974 à 1994, poste qui satisfait pleinement ses aspirations.

Puis, elle œuvre 3 ans au Conseil de l’Europe à la faveur d’une mise à disposition par le ministère des Affaires sociales. « Le secrétaire général adjoint de l’Europe de l’époque m’avait contactée pour un projet portant sur l’exclusion sociale et la dignité humaine… ».

Puis, de 1999 à 2000, au Centre des études européennes de Strasbourg, elle aide à la mise en place de formations qui seront destinées aux hauts fonctionnaires français. Elle s’occupe des volets santé, affaires sociales, jeunesse. Parallèlement à son travail sur le plan européen, elle continue de présider des groupes de travail au ministère des Affaires sociales (par exemple sur les personnes en perte d’autonomie).

En février 2002, elle rejoint le secteur privé qui la sollicite, et devient directrice générale adjointe de la fondation Caisses d’Epargne pour la solidarité, qui compte près de 5000 salariés. Modestement, elle déclare : « Mes expériences multiformes professionnelles et bénévoles ne me donnent pas une omniscience, mais de bonnes références pour réfléchir et surtout savoir me tourner vers les bons interlocuteurs… ».

En 2017, son mandat auprès du Défenseur des droits s’achève, Maryvonne Lyazid aura 67 ans, elle prendra sa retraite, mais « si la santé me le permet » dit-elle, elle continuera à s’investir bénévolement.

Les questions bizarres de la rédac’

  • Votre situation familiale ? Je suis divorcée, je suis mère 3 enfants et j’ai deux petits-enfants.
  • Des loisirs ? La lecture, la marche, la visite des musées.
  • Un livre, une expo ? « Le chemin de l’école » : le dernier film qui m’a marquée, un bel hommage aux efforts que font les enfants pour accéder à l’éducation
  • Salaire ? Non communiqué
  • Moment préféré de la journée ? J’aime beaucoup travailler, pour moi le moment du travail n’est pas du tout une corvée, j’aime toutes les rencontres. Mais pour me ressourcer : mon moment à moi est le petit déjeuner, et chez moi, le soir.
  • Un autre métier dans la fonction publique ? Je serais assez intéressée par la fonction d’enseignant chercheur, surtout pour le côté chercheur afin d’approfondir des disciplines que j’aime beaucoup : la sociologie. Passer de la polyvalence que j’ai toujours exercée et mise en exergue, à l’approfondissement d’une discipline.
  • Accro aux réseaux sociaux ? Non pas du tout !
  • Un doudou numérique ? Un iPhone, les mails, Internet… je l’utilise beaucoup.

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