Réforme de la formation : bientôt de hautes écoles en soins infirmiers ?
“Avec la reconnaissance au grade de licence, la profession infirmière a connu, en trois ans, une formidable avancée. Cela va continuer”. A l’occasion des Journées nationales 2011, consacrées à la recherche infirmière, le Comité d’entente des formations infirmières et cadres (Cefiec), qui représente les structures de formations au niveau national et international, s’est dit confiant dans la possibilité de développer une filière de formation et de recherche en soins infirmiers spécifique et complète, allant de la licence jusqu’au doctorat. “Plus rien ne s’y oppose sur le fond. Si demain une université décide de créer un doctorat en sciences infirmières, ce sera parti”, a assuré le 25 mai 2011 sa présidente, Joëlle Kozlowski.
De fait, des ponts existent déjà entre la profession infirmière et le monde de l’université. La mise en place, à la rentrée 2009, du nouveau référentiel de formation initiale a signé l’entrée des études infirmières dans le système licence-master-doctorat (LMD). Et même si le partenariat avec l’université est long à prendre forme (seulement 9 conventions tripartites Ifsi/université/région ont été signées à ce jour, selon le Cefiec), le rapprochement semble inéluctable : “Nous voyons déjà émerger de nouveaux profils d’étudiants, souligne Jane-Laure Danan, vice-présidente chargée de la formation au Cefiec. Ils posent davantage de questions, ne prennent plus ce qu’on leur enseigne pour argent comptant”.
“Une question de temps”
Le Cefiec estime par ailleurs que la reconnaissance au niveau master des cadres de santé, des infirmiers en pratiques avancées ou spécialisés (bloc opératoire, anesthésistes…) n’est plus qu’une question de temps : “Je vois mal comment les pouvoirs publics pourraient ne pas leur accorder ce grade”, note Joëlle Kozlowski, qui regrette cependant que l’inscription des études infirmières dans le système LMD n’ait pas été pensée, dès le départ, “dans sa globalité”, pour l’ensemble de la filière. Selon elle, le ministère travaille actuellement sur le nouveau référentiel de formation des infirmiers anesthésistes (Iade). Quant au chantier de rénovation du référentiel de formation des cadres, il a été lancé le 16 mai, pour une mise en place à la rentrée 2012.
Le Cefiec rappelle en outre que beaucoup d’infirmiers, notamment chez les formateurs, sont déjà titulaires de masters, de diplômes universitaires ou de doctorats dans des disciplines connexes comme la sociologie, la psychologie ou la santé publique. Un pas vers le monde de la recherche a également été franchi en 2009 avec la création du premier master de pratiques avancées en soins infirmiers par l’Ecole des hautes études en santé publique et l’université de Marseille- Méditerranée.
Recherche contre professionnalisation
Mais si l’envie et la motivation sont là, différents obstacles demeurent pour qu’un mouvement de plus grande ampleur s’engage : “On ne s’improvise pas doctorant, rappelle Jane-Laure Danan. Pour l’instant, la formation infirmière ne prépare pas suffisamment à la recherche. La profession doit continuer à se former et à faire valoir ses acquis.” Un travail doit également être effectué pour répertorier et diffuser les travaux de recherche, estime le Cefiec, qui compte sur l’appui des étudiants, des actuels doctorants et de l’Ordre infirmier pour accélérer les choses.
Reste un défi de taille : inscrire les études infirmières dans le champ de la recherche, tout en conservant leur vocation professionnalisante. “Toutes les infirmières ne pourront pas se consacrer à la recherche. Il faut qu’il reste des professionnels sur le terrain pour soigner et répondre aux besoins de la population”, a affirmé à plusieurs reprises Joëlle Kozlowski. Intégrer totalement la future filière infirmière à l’université pourrait, de ce point de vue, poser problème : “Les compétences exigées des étudiants ne sont pas tout à fait les mêmes à l’université, et la durée des stages est très inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui dans les Ifsi”, a notamment expliqué la présidente du Cefiec.
Créer des hautes écoles
La création de hautes écoles, proposant un cursus soignant allant du niveau V au doctorat, semblerait plus approprié : “Ces structures intégreraient les actuels Ifsi et, pourquoi pas, les instituts de formation sociale”, imagine Joëlle Kozlowski. Actuellement, la création de hautes écoles est d’ailleurs défendue également dans le champ social, par l’Union nationale des associations de formation et de recherche en intervention sociale (Unaforis).
Pour le Cefiec, une chose est sûre : la recherche en soins infirmiers doit se développer, car elle est porteuse d’une réelle plus-value, tant sur le plan économique que de la santé publique. “Le développement des pratiques avancées infirmières permet de libérer du temps médical, mais aussi de sortir du tout curatif, d’améliorer l’efficience des soins et la qualité de vie des patients”, a rappelé Jane-Laure Danan.
Stéphanie Lampert
Un article de La Gazette Santé Social
A lire également sur EmploiPublic – Régions :
Paca – La région met en œuvre l’universitarisation des formations d’infirmiers, mai 2011.
Crédit photo : © Phanie





